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le blog elan-defense

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L’engagement, source de performance et de bien être au sein de l’armée de Terre française.

Parler d’engagement, pour un militaire, revient à parler d’un thème consubstantiel à sa vocation. Si cette notion peut revêtir un aspect très fort, mutilant et destructeur à travers la notion de sacrifice moral, physique pouvant aller jusqu’au don de sa vie, il revêt aussi et au quotidien un aspect positif, source de performance et de bien-être à travers le sentiment de servir des valeurs communes ciment d’une société et de faire partie d’un être collectif où chacun a un rôle important voire déterminant à jouer.

 

Si la notion grecque de « Philia » (amitié) est répandue chez l’Homme et le pousse à se regrouper, à vivre avec ses congénères en société, elle est encore plus forte chez le militaire pour qui les fondements de son métier sont indissociables de la société qu’il sert et qu’il représente. Pas de militaires sans corps social et, historiquement, pas de corps social sans militaires pourrait-on dire.

 

Si la notion même de militaire est indissociable de la notion d’engagement, en quoi cette dernière peut-elle être chez lui une source de performance et de bien-être et non une contrainte ?

 

Tout dépend ici de la « santé morale » de la société qu’il représente car le militaire n’est qu’un outil au service du politique dont la mission est, normalement, de servir l’intérêt général de cette société et donc le bien-être de ses citoyens. D’emblée, on ne peut comparer l’engagement d’un militaire dans une démocratie d’un militaire servant dans un autre régime (népotique, monarchique, oligarchique,…).

 

Dans une société démocratique saine, le sentiment de servir l’intérêt général du corps social et non des intérêts particuliers est un puissant facteur de motivation et de satisfaction individuel comme collectif. Même s’il n’est pas l’unique clef du succès sur le champ de bataille, ce sentiment renforce l’endurance morale et psychologique. Dans le cas français, cet engagement au service de la société est présenté comme suit auprès des militaires de l’armée de Terre1 : « L'armée de Terre française est une communauté d’hommes et de femmes qui peut exiger de chacun, dans des situations extrêmes, un engagement total au service de la mission. Cette singularité impose, pour inspirer l'action, de disposer de convictions fondées sur des références assurées […]. Une telle institution reste aujourd'hui nationale, même si on assiste à l'émergence de solidarités élargies entre les peuples. Dans le même temps, l'Europe se construit comme une ardente obligation. Pourtant, la Nation reste bien le cadre d'une communauté de destin des hommes et des femmes qui la composent. Pour la France, cette communauté offre la particularité de se définir, dans la République, en référence à des valeurs universelles qu'elle a contribué à promouvoir, bien traduites par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et synthétisées dans sa devise même. C'est dire si cette référence à la Nation se démarque de tout nationalisme étroit et transcende les appartenances particulières, notamment de nature ethnique, sociale ou religieuse, qu'elle a au contraire vocation à fédérer. Tel est l’un des fondements où l'institution militaire puise à la fois son  sens et sa légitimité ».

 

Cependant, ces valeurs fortes, nationales, si elles sont un gage de bien-être pour le soldat dans sa relation avec ses concitoyens, ne peuvent, à elles seules, être source de performance. En effet, à côté de la qualité de l’instruction dispensée et de la notion de discipline, un facteur est déterminant sur le champ de bataille : la cohésion de ce que l’on appelle en sociologie de l’organisation le « groupe primaire », c’est-à-dire le groupe où tout le monde se connaît, ce qui va ici de l’équipe (3 à 4 personnes) à la compagnie (environ 100 personnes). Si le sentiment de défendre son corps social pousse à aller au combat, il ne suffit pas lorsque le champ de la conscience se rétrécit et se focalise sur sa survie dans l’action. Ce qui permet aux hommes de tenir dans l’horreur du champ de bataille, c’est la cohésion, la fraternité de ces petits groupes. Ainsi, pendant la guerre des Malouines, les soldats argentins sont partis au front avec un fort soutien populaire. Cependant, une fois sur place, la faible cohésion des petits groupes, notamment entre sous-officiers, officiers et soldats, a fini par faire craquer l’armée argentine. A l’inverse, on s’est toujours étonné de la combativité de l’armée allemande jusqu’au début avril 1945 alors que tous savaient la partie perdue. La cohésion de ses petits groupes, gagée par la qualité de l’encadrement, était très forte. La répression du régime ne peut expliquer à elle seule la combativité de ces entités, souvent isolées et pouvant se rendre aux troupes alliées à l’Ouest avec l’assurance d’un bon traitement.

 

De façon globale, les valeurs de la société et la fraternité au sein de la troupe forment ce que l’on appelle « l’esprit de corps » dont la santé est le garant de la performance de l’institution et de son bien-être comme de celui de chacun de ses membres. Cet « esprit de corps » est présenté comme suit au sein de l’armée de Terre française : « Dans l'institution, la spécificité militaire expose à des situations extrêmes qui, le plus souvent, ne peuvent être dominées - au-delà des ressorts individuels - sans dépassement dans un être collectif qui hausse le soldat au-delà de ses inclinations propres. C’est l'adhésion à une identité collective puissante, faite d'esprit d'équipe, de solidarité, de confiance dans le chef, en bref, c'est « l'esprit de corps », tel qu'on le voit particulièrement à l'oeuvre dans ce coeur de l'armée de Terre qu'est le régiment. Toute l'histoire militaire, y compris les expériences opérationnelles récentes, en témoigne. Or, ce dépassement de soi dans un être collectif pourrait aujourd’hui se heurter à des aspirations individuelles puissantes qui sont l'une des caractéristiques des sociétés modernes. Ainsi se trouve posé le problème de la primauté du collectif sur l'individuel, autre caractéristique forte de l'exercice du métier des armes qui découle de sa nature même. Mais, bien loin d'être réductrice et mutilante, cette primauté permet au contraire de surmonter les difficultés identifiées ci-dessus, dès lors qu’elle s'exprime le mieux par « l'esprit de corps » : au sein du corps de troupe, celui-ci inspire en effet des individus libres dont il assure la convergence des efforts. La discipline en est certes l'un des ciments, mais doit y concourir tout autant un lien affectif puissant fait de respect et de solidarité. L’ensemble constitue la fraternité d’armes et s'entretient dans la camaraderie militaire ».

 

Au niveau de chaque militaire de l’armée de Terre française, ce cadre éthique est résumé par un code déontologique appelé le « code du soldat » dont voici les principes :

 

-Au service de la France, le soldat lui est entièrement dévoué en tout temps et en tout lieu.

 

-Il accomplit sa mission avec la volonté de gagner et de vaincre, et si nécessaire au péril de sa vie.

 

-Maître de sa force, il respecte l’adversaire et veille à épargner les populations.

 

-Il obéit aux ordres, dans le respect des lois, des coutumes de la guerre et des conventions internationales.

 

-Il fait preuve d’initiative et s’adapte en toutes circonstances.

 

-Soldat professionnel, il entretient ses capacités intellectuelles et physiques et développe sa compétence et sa force morale.

 

-Membre d’une équipe solidaire et fraternelle, il agit avec honneur, franchise et loyauté.

 

-Attentif aux autres et déterminé à surmonter les difficultés, il œuvre pour la cohésion et le dynamisme de son unité.

 

-Il est ouvert sur le monde et la société et en respecte les différences.

 

-Il s’exprime avec réserve pour ne pas porter atteinte à la neutralité des armées en matière philosophique, politique et religieuse.

 

-Fier de son engagement, il est toujours et partout un ambassadeur de son régiment, de l’armée de Terre et de la France.

 

Ainsi, beaucoup plus que la technicité des armes, ce qui détermine la performance d’une armée est son degré de bien-être collectif et individuel à travers sa légitimité au sein de la société et sa cohésion interne. Voilà pourquoi il fait bon vivre au sein de l’armée de Terre française. Voilà pourquoi tant de jeunes s’y engagent et y restent, voilà pourquoi cette institution est encore pour beaucoup une « école de la vie » et un ascenseur social car on juge les individus non pas sur leurs origines ou uniquement sur la valeur de leur diplômes mais sur leur sens de l’engagement et du collectif ce qui, en retour, donne du bien-être à chacun de ses membres et fait du tout un outil performant. Ainsi, en 2008, des soldats français sont tombés dans le district de Surobi, à l’Est de Kaboul, après des combats acharnés, sans esprit de recul. Voilà pourquoi d’autres sont venus en renfort, sans hésitations, pour reprendre le terrain perdu après plusieurs heures de combat, loin de leurs terres et de leur famille, juste pour défendre l’honneur de la France et les valeurs qu’elle porte.

 

1) L’exercice du métier des armes dans l’armée de Terre : fondements et principes, Etat-major de l’armée de Terre, Paris, 1999.


 

Patrice HUIBAN, Officier Supérieur de l'Armée de Terre

Publié le 08/01/2009 à 15h23 dans Réflexions

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