Le parti socialiste venant de sortir son programme pour 2012, il est donc un important de se pencher sur ses aspects
Défense. En effet, dans un contexte international - voire national - incertain, un parti dit "de gouvernement" ne peut éluder ces questions sur l’autel de préoccupations de court terme et/ou
électoralistes.
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"Pourtant, par l’ampleur et la qualité de son réseau diplomatique et culturel ainsi que de ses personnels
militaires, sa présence au Conseil de sécurité, son potentiel industriel et scientifique, son histoire et sa langue, son poids en Europe, la France doit redevenir un pays d’influence
mondiale."
Cette « introduction » a le mérite de reconnaître le rôle des militaires dans le rayonnement mondial du pays,
point qui doit d’autant plus être souligné que le parti socialiste ne brille habituellement pas par un souci aigu des questions de Défense et des militaires.
"La situation en Afghanistan sera une priorité de notre politique étrangère. Notre déploiement, qui
représente la plus massive et la plus longue opération extérieure poursuivie par notre pays, au prix de lourds sacrifices pour nos soldats, doit faire l’objet d’un réexamen urgent et complet
après un débat approfondi et un vote au Parlement. Nos forces n’ont aucune vocation à rester en Afghanistan. L’effort devra être recentré autour de la priorité que constitue
l’émergence de forces de sécurité afghanes crédibles, contrôlées par les autorités d’un État stable issues d’un processus démocratique incontestable associant tous les Afghans qui reconnaissent
la Constitution et refusent de soutenir Al Qaïda et le terrorisme. La stabilisation devra être accompagnée d’une aide civile mieux contrôlée, d’un programme massif de substitution de la culture
du pavot et d’un projet politique impliquant réellement l’ensemble des Afghans. Toute stabilisation durable passe par la fin des ingérences des États étrangers – notamment le Pakistan – et
implique un accord négocié entre tous les États concernés pour doter l’Afghanistan d’un statut de neutralité internationalement garanti et prévoir un retrait concerté des forces
étrangères."
Ce point ne diffère pas des positions actuelles de la France et des principales puissances impliquées dans ce pays.
Quant à l’affirmation que « Nos forces n’ont aucune vocation à rester en Afghanistan », c’est un truisme. Nous n’avons pas pour ambition de coloniser cette partie de l'Asie
centrale (!). La vrai question réside dans le « comment » sortir de ce conflit, sans lâcheté et en laissant une situation meilleure qu’en 2001 (cf. l’article
dans LeMonde.fr
de novembre
2010).
"Enfin, dans les conflits armés, la France fondera sa doctrine d’intervention sur le droit international, le
respect des mandats de l’ONU, la protection des populations civiles et de nos ressortissants à l’étranger, ainsi que sur des objectifs politiques clairs."
On reste dans la continuité.
"Dans un monde où les menaces se diversifient, les inégalités, la pauvreté et les frustrations s’accentuent,
la politique menée depuis 2007 concourt à affaiblir notre outil de défense : hypercentralisation à l’Elysée de décisions souvent mal préparées, alignement atlantiste sans avancée européenne,
manque de considération pour les personnels militaires et civils, repli sur soi industriel. Nous proposons une refonte globale de notre politique de défense et de sécurité, conforme à nos valeurs
et à nos intérêts. La construction d’une Europe de la défense sera notre priorité. Concernant les interventions extérieures, la France fait exception parmi les grandes démocraties en engageant
ses forces armées sans débat préalable devant le Parlement. Nous réformerons la Constitution afin que, sauf circonstances exceptionnelles, le Parlement soit obligatoirement consulté."
Dire que le gouvernement actuel a affaibli l’outil de Défense, cela reste à démontrer, au moins relativement à ses
prédécesseurs. Certes, une vaste réorganisation est en cours avec une forte diminution des effectifs. Cependant, le budget n’a pas baissé en euros constants et cette réforme s’est globalement
faite dans le cadre d’une réflexion globale illustrée par le Livre blanc de 2008. Ce ne fut pas le cas durant les années 1997-2002 où les ressources financières dédiées aux équipements ont été
taillées sans aucune logique générale, si ce n’est celle d’une redistribution au profit des priorités du gouvernement du moment.
Parler de manque de considération paraît également exagéré, même si le président actuel a semblé montrer, au début de
son quinquennat, une indifférence vis-à-vis questions de Défense et des militaires. Ses actes ont par la suite illustré une grande considération envers les membres des forces
armées.
Enfin, pour ce qui concerne le Parlement, on ne peut que souhaiter une plus grande consultation, à la condition que
cette consultation ne nuise pas à la réactivité et à la crédibilité de nos engagements par une instrumentalisation politicienne.
"Nous évaluerons précisément les effets concrets de la décision de réintégrer la France dans
l’OTAN et nous la réexaminerons avec comme priorité une coopération militaire accrue au sein
de l’Union avec la constitution d’un « pilier » européen. Dans une réflexion plus globale sur l’avenir de l’Alliance atlantique, nous nous attacherons à ce que ses missions soient ramenées à son
but premier – la préparation de la défense collective – et à ce que l’Europe puisse prendre la place qui lui revient dans l’organisation de la défense de son territoire, ce qui exclut tout
élargissement inconsidéré."
On ne peut que souscrire à ce point.
"La France et l’Allemagne devront donner l’impulsion pour un nouvel élan à l’Europe de la défense en
proposant des initiatives ouvertes à tous les partenaires volontaires. Concrètement, nous proposerons le renforcement de l’Agence européenne de défense, dont le potentiel de
rationalisation des moyens n’a pas encore été véritablement exploité, en particulier sur trois aspects :
- nous plaiderons pour la mise en place d’une structure solide de planification et de
commandement.
- Nous défendrons en parallèle une mutualisation de moyens et le développement de
capacités concrètes et autonomes à remplir des missions communes, comme la surveillance aérienne, spatiale et maritime.
- Enfin, nous proposerons à nos partenaires de faire de l’Agence européenne de défense une instance
d’impulsion (financement de la recherche), de préparation (mutualisation de l’expertise technique et technologique) et de mise en oeuvre des programmes pouvant être réalisés en coopération par
l’industrie européenne de défense, élément clé d’une autonomie stratégique et d’une maîtrise européenne des technologies de
l’avenir."
Le renforcement de l’AED : oui, à condition que les autres « grands » du continent joue le jeu (budget et
programmes), et sans oublier que la coopération est loin d’être toujours synonyme de maîtrise des coûts (A 400M, NH90,…).
Mutualiser les moyens : attention à ne pas mettre « la charrue avant les bœufs ». Une interdépendance
sous forme de mutualisation pénaliserait notre souveraineté tant que nous n’avons pas une politique étrangère commune et cohérente (cf. l’Irak 2003 sans parler de la Libye aujourd’hui…).
"Sans remettre en cause la légitimité d’une dissuasion nationale indépendante tant que subsistent d’autres
arsenaux nucléaires, la France, saisissant l’opportunité historique créée par les orientations du Président Obama, défendra un désarmement nucléaire universel,
progressif, négocié et efficacement contrôlé. Nous prendrons en particulier des initiatives afin de relancer les négociations pour un traité d’interdiction de la production de
matières fissiles à usage militaire. Nous proposerons également des règles plus strictes pour limiter la prolifération des armes légères qui se répandent à cause du délitement des sociétés et
font le lit des économies mafieuses."
Un désarmement nucléaire ne créerait-t-il pas plus de risques que la situation actuelle n’en comporte… : le débat
est loin d’être tranché.
Pour ce qui concerne les armées légères, on ne peut en effet qu’appeler de nos vœux une régulation plus stricte, même
s’il elle semble très difficilement réalisable.
"La France et l’Europe sont particulièrement vulnérables au terrorisme. Parce que nous sommes perçus comme
une partie de l’Occident. Parce que notre société est, par tradition, ouverte et soucieuse des libertés d’aller et venir. Parce que les terroristes agissent souvent de manière aveugle. Pour
combattre la menace terroriste, outre l’indispensable coopération internationale, nous proposons une double stratégie :
- nous défendrons le développement d’un dispositif moderne de protection du territoire, y
compris par des moyens de renseignement humain et technique permettant, dans le respect du droit, la détection précoce des menaces émergentes.
- Parallèlement, au Sahel, dans le Golfe, en Afghanistan notamment, nous agirons contre les origines
du terrorisme en nous concentrant sur les foyers de tensions, de haines et de frustrations qui le nourrissent. Cela passe en particulier par l’aide au développement des pays qui abritent
et souvent subissent des organisations terroristes, ainsi que par le soutien aux aspirations démocratiques des peuples."
On reste ici dans la continuité des gouvernements précédents.
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Le programme « Défense » du parti
socialiste ne semble pas fondamentalement varier de celui du gouvernement actuel, tout en n’abordant aucunement la question des capacités : s’agit-il de maintenir une panoplie complète de
moyens pour rester un des rares acteurs politico-militaires global ou s’agit-il d’entériner un déclin géopolitique sous la forme d’un repli sur le continent et nos DOM-COM.
Le parti socialiste de 2011 pourrait-il toujours
faire sienne cette citation de Jaurès dans L'armée nouvelle : "Tout ce que la France fera pour ajouter à sa puissance défensive accroîtra les chances de paix dans le monde." ?
Patrice HUIBAN.