Dimanche 4 avril 2010
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Site http://www.francois.cornut-gentille.fr, le
31-03-2010
A400M : François Cornut-Gentille questionne le délégué général pour l’armement
Devant la commission de la défense de la défense nationale, le
24 mars dernier, le délégué général pour l’armement, Laurent Collet-Billon (photo), a fait un
point sur le programme d’avion militaire de transport
européen, A 400M.
François Cornut-Gentille a profité de cette audition pour faire
part de son analyse : » J’ai le sentiment que les
difficultés du programme A400M sont en partie liées à la découverte tardive des problèmes, comme si tous les acteurs avaient refusé de les voir plus tôt. Les responsabilités sont évidemment
multiples ; la DGA, l’OCCAR, l’industriel mais aussi les États sont concernés. Sans chercher de bouc émissaire, il faut impérativement que nous fassions le point sur les difficultés,
notamment sur le plan politique. Or j’ai l’impression que ce travail n’est pas prévu alors qu’il est indispensable. »
Très écouté par les autres députés, il a ajouté :
« ce
dossier souffre d’un non-dit conséquent : depuis l’apparition des problèmes, on a beaucoup critiqué la position britannique alors même que les blocages venaient en fait de
l’Allemagne. »
A la suite de cette intervention, le délégué général a répondu
: « Le
debriefing que vous appelez de vos vœux aura bien lieu, soyez-en assuré notamment sur le mode de fonctionnement de l’OCCAR et les adaptations à prévoir. L’état des lieux se fera de façon
bilatérale avec nos partenaires et notamment avec l’Allemagne et le Royaume-Uni. S’agissant de la responsabilité, je considère que l’industriel est le premier responsable puisque c’est lui qui
avait souhaité recourir à un contrat commercial et qu’il a été incapable de tenir ses engagements. L’entreprise devait dans le même temps faire face aux difficultés de l’A380 qui mobilisait
l’essentiel de ses moyens ; EADS ne disposait donc pas de suffisamment d’ingénieurs pour mener de front ces deux programmes. Je crois d’ailleurs que nous faisons face à une crise majeure en
matière de recrutement et de formation de nos ingénieurs. Le besoin annuel est de l’ordre de 50 000 ingénieurs alors que nous n’en formons que 25 000 par an sans compter que près
d’un tiers d’entre eux renoncent à une carrière technique. Sur la position de nos partenaires, ni l’Allemagne ni le Royaume-Uni n’ont jamais souhaité sortir du programme. Même si les Allemands
ont une contrainte capacitaire moindre puisque tous leurs Transall sont encore en état de voler, ils n’ont jamais voulu arrêter le programme. Il a néanmoins bien entendu fallu intégrer les
spécificités allemandes en matière de gestion des grands programmes d’armements notamment en relation avec le Bundestag. »*
Le cas de
l'A 400M illustre bien que les programmes menés en coopération ne sont pas la panacée. Contrairement aux idées reçues et à la pensée dominante faisant de l'Europe l'Alpha et l'Oméga de notre
avenir, les programmes en coopération sont souvent synonymes de retard et de surcoût. Qui ne se souvient pas des critiques contre le Rafale dans les années 80 et 90 quand la France décidait
seule de construire un avion de combat, refusant de s'associer au programme Eurofighter. Au bilan : il n'y a pas photo, que ce soit sur les qualités de l'avion ou sur son prix. Tout
franco-français qu'il soit, le Rafale remporte la partie. « D'un point de vue économique, le pari de faire baisser les coûts de l'Eurofighter grâce à la coopération a totalement échoué : tant
le coût de construction du Rafale que son coût total (développement compris) sont inférieurs à ceux de l'avion européen » constatait en 2006 la journaliste économique Anne-Marie Rocco dans
l'hebdomadaire Challenges. Même un europhile convaincu, comme Jean-Dominique Giulani président de la Fondation Robert Schuman, le reconnaît : « l’idée selon laquelle la coopération
européenne réduirait les coûts des équipements militaires ne résiste pas toujours à l'épreuve des faits ». Un point de vue partagé par la plupart des spécialistes qui s'accordent à penser qu'un
Eurofighter coûte aux contribuables des pays concernés au moins 1,5 fois plus cher qu'un Rafale pour le contribuable français. Les coûts de l'Eurofighter ont tellement explosé que, depuis 2003,
le Ministry of Defence britannique ne les communique plus, officiellement « pour des raisons commerciales ». Quant au Rafale, selon un récent rapport du Sénat français (novembre
2008), le coût total du programme pour l'Etat est de 39,6 milliards d'euros sur la base de 286 appareils. Plus de 135 millions d'euros par avion, si l'on intègre les coûts du développement, c'est
cher, c'est horriblement cher. Mais la facture aurait été de 50% supérieure si la France avait fait le choix de l'Europe ! En faisant cavalier seul, on a donc économisé près de 20 milliards
d'euros...
Patrice
HUIBAN.