Vendredi 9 juillet 2010
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20 Minutes.fr, le
01.07.2010.
Vers un renforcement des moyens de renseignement.
Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (Odile Jacob, La Documentation française, juin 2008) souligne la nécessité « d'un renforcement systématique de nos moyens de renseignement dans le cadre d’une planification
d’ensemble, mise en œuvre selon quatre axes :
1. L'amélioration des ressources humaines se traduira par une attention renforcée au
recrutement, tant sur le plan qualitatif que quantitatif, au développement de filières spécialisées, au déroulement des carrières et à la
formation, avec notamment la création d’une académie du renseignement. Parallèlement, un effort sera porté sur le renseignement de source humaine, qui devra être mis en adéquation avec la hiérarchisation de nos priorités géographiques.
2. La mise à niveau et le développement de nos moyens techniques sont indispensables. Ils
impliqueront un effort important, dans le domaine des nouvelles technologies de l'information et de la communication, dans le domaine de l'imagerie (satellites, capteurs embarqués sur avions,
drones, etc.) et de l'écoute (satellites, stations terrestres, bâtiment de la Marine, capteurs embarqués sur avions, drones, etc.). L'espace fera l’objet d’un effort
spécifique, avec un doublement de ses crédits annuels sur la période du Livre blanc (ces crédits s’élèvent à 380 millions d’euros en 2008).
3. La rénovation du pilotage et de la coordination des services de renseignement se traduira
par la mise en place du Conseil national du renseignement. Présidé par le Président de la République, ce conseil fixera les orientations aux services de renseignement,
répartira les objectifs et rendra les arbitrages nécessaires. Parallèlement, le coordonnateur national du renseignement sera le point d’entrée des services de
renseignement auprès du Chef de l’Etat.
4. Un nouveau cadre juridique définira l’exercice des missions des services de renseignement
et les modalités de la protection du secret de la défense nationale ».
Le principe a été repris dans la loi de programmation militaire adoptée le 29 juillet pour les années 2009-2014. "La
gestion sera harmonisée et davantage croisée entre services et entre ministères, notamment dans les domaines du recrutement et de la formation, indiquait le texte. Les parcours de carrière
offriront plus de possibilités de mobilité entre les services. Des filières de formation commune seront créées ; la future académie du renseignement y contribuera."
Plusieurs rapports ont parachevé l'édifice. Le premier, confié à Bernard Pêcheur, membre du Conseil d'Etat, était consacré aux ressources humaines dans le domaine du renseignement. Remis au mois
de juillet, le document écartait la création d'un statut unique, qui aurait mêlé les agents, mais préconisait la mobilité inter-services. Il insistait, dans ses conclusions, sur la multiplication
de passerelles afin de "favoriser l'esprit de communauté". Et sur la nécessité de recruter des contractuels de haut niveau. Ces derniers, tout autant concernés par l'académie, sont de plus en
plus présents, qu'il s'agisse de linguistes ou d'ingénieurs en informatique. Et de plus en plus "mutualisés" entre les différentes directions du renseignement, autant par souci d'économie que par
esprit de rationalité.
Un second rapport, rendu à la même date par Florian Blazy, maître des requêtes au Conseil d'État, s'attachait, lui, à définir les contours d'une formation commune. Dans le tronc commun, seraient
ainsi créés des "modules" de culture générale sur le renseignement, le panorama des menaces, les "règles" du secret, l'encadrement juridique, l'éthique, l'organisation du renseignement et son
insertion dans le fonctionnement de l'État. La formation s'étendrait sur quelques semaines, à l'issue desquelles les agents des services spécialisés auraient appris à mieux se connaître. L'école
du renseignement pourrait devenir un point de passage nécessaire pour évoluer dans sa carrière et obtenir un grade supérieur.
Le projet se heurte cependant au problème financier, particulièrement sensible avec la révision générale des politiques publiques (RGPP). Le budget de l'académie sera d'ailleurs l'un des points
essentiels que va devoir étudier la mission de préfiguration. Pour cette raison également, mais pas seulement, des choix ont été opérés.
A ce stade en effet, la communauté du renseignement exclut les 1 300 policiers de la sous-direction de l'information générale (SDIG), rattachée à la sécurité publique. Créée en septembre 2008
lors de la réforme du renseignement policier, la SDIG est composée d'une bonne partie des effectifs des anciens renseignements généraux, brutalement séparés de leurs collègues qui ont opté pour
la DCRI. Les gendarmes, qui tentent de développer leurs missions de renseignement, parfois non sans frictions avec les policiers, et qui possèdent un bureau de liaison antiterroriste, sont
également écartés du dispositif.
La mission de préfiguration de l'académie du renseignement ne devrait pas achever ses travaux avant six mois.
Isabelle Mandraud.
L'Elan Nouveau des Citoyens estime que les mesures mises en oeuvre suite au dernier
Livre blanc constituent une réelle avancée. Outre l'augmentation du budget dévolu à cette fonction, la coordination au plus près du pouvoir exécutif et l'accent mis sur la qualité des
ressources tant humaines que matérielles, la création d'une académie du renseignement est un autre point majeur. En effet, le risque était grand de voir émerger petit à petit une agence
nationale unique. Or, là comme ailleurs, la richesse naît de la diversité. Plutôt que de niveler l'ensemble des pratiques et des identités, il semble préférable de maintenir
des organismes spécialisés à la condition de favoriser les échanges inter-services et de coordonner l'ensemble. Cette réforme du renseignement sera, n'en doutons pas, le principal apport de
ce Livre blanc.
Patrice HUIBAN.