Lundi 5 septembre 2011
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Valeurs actuelles, le 01-09-2011.
Défaite pour les défaitistes.
Une grande partie de nos élites avaient prédit une
catastrophe à la France et au Royaume-Uni. Une étrange constance dans l’aveuglement.
Bourbier, enlisement, « Viêtnam français » : un grand nombre d’ “experts” avaient prédit le pire à la coalition internationale, jetant l’anathème sur la campagne militaire menée
principalement par la France et le Royaume-Uni. Le conformisme ambiant, à l’image des analyses actuelles sur l’Afghanistan, rendait quasiment inaudibles les quelques explications qui pouvaient
annoncer un succès final.
Les appels à la patience des responsables français et
britanniques n’entamaient en rien les certitudes fortes, mais coupées des réalités, d’un certain nombre de faiseurs d’opinion, “experts”, intellectuels et journalistes baignant dans le même
conformisme, ignorant la complexité et les contraintes de toute opération militaire. L’issue de la guerre vient de leur donner tort.
Très rares sont ceux qui ont reconnu leurs erreurs.
Quelques jours à peine après les premières frappes françaises, le 23 mars, Jean-Yves Moisseron, spécialiste du monde arabe, est le premier à sonner la charge dans le Monde : « Le scénario qui se dessine dans le cadre très étroit de la résolution 1973 des Nations unies est très
préoccupant […]avec tous les risques de retournement de l’opinion internationale, mais aussi d’instabilité profonde aux portes de l’Europe.
» Le chercheur affirme même que la seule puissance aérienne ne « pourrait menacer le régime de Tripoli ».
Un thème domine : l’enlisement. Le 28 mars, dans l’émission
Mots croisés (France 2), Marine Le Pen prend à partie notre rédacteur en chef Frédéric Pons, dans un débat sur la Libye : « À un moment donné, on nous expliquera qu’on ne peut pas faire autrement […] et on ira sur le terrain, et on
s’enlisera. […] Il y aura évidemment des bavures. […] Nous y sommes probablement pour dix ans
! »
En juin, lors de l’émission C dans l’air (France 5), la plupart des invités, dont le politologue Hasni Abidi, spécialiste de la Libye, insistent : l’enlisement est patent, il faut
négocier. Frédéric Pons donne un point de vue contraire, exprimé de façon constante dans nos colonnes. Il attire notamment l’attention sur l’évolution dans les zones montagneuses au sud-ouest de
Tripoli : « L’offensive lancée à partir du djebel Nefousa, aidée par des parachutages d’armes de l’armée française, sera déterminante. » Cette
information est balayée. Les autres experts invités par Yves Calvi ne regardent qu’à l’est où l’insurrection piétine, en effet, ce qui conforte leur thèse. Mais c’est bien de ce djebel Nefousa,
trop longtemps négligé par les médias, que va débouler la colonne d’insurgés qui portera le coup décisif au régime de Kadhafi, entre le 20 et le 24 août.
“Pas d’autre issue qu’une solution
négociée”
Arguant que l’intervention serait rejetée par le peuple
libyen, Dominique de Villepin critique lui aussi, dès le début de l’opération, l’ingérence des forces sous mandat de l’Otan : « L’avenir, si nous continuons
d’intervenir direc tement, sera lourd des mêmes risques que ceux d’Afghanistan et d’Irak. » Un mois plus tard, Axel Poniatowski, le président (UMP) de la commission des affaires
étrangères de l’Assemblée na tionale, affirme que la situation « présente toutes les caractéristiques d’un enlisement ».
Le 17 avril, le journaliste et écrivain Claude Lanzmann
annonce dans le Monde l’échec de la stratégie militaire : « L’intervention aérienne destinée à soutenir
les opposants à Kadhafi s’enlise et ne détruit pas que des objectifs militaires. Les stratèges de l’ingérence en portent la responsabilité. […] Les missiles et l’aviation seuls ne viendront pas à bout de la tyrannie. » L’ancien résistant en est sûr : « Il n’y a pas
d’autre issue, si on veut éviter l’enlisement, qu’une solution négociée. »
Le Nouvel Observateur ajoute sa voix, le 16 juin, à ce concert défaitiste : « Le régime de Mouammar Kadhafi résiste. En face, l’opposition, dont la capacité militaire a sans doute été surestimée, semble encore trop inorganisée, trop inexpérimentée
pour s’opposer avec des chances de l’emporter aux forces du régime. » La chute de Kadhafi a contraint la plupart des “experts” au silence. Pas tous : quelques jours après l’entrée des
insurgés dans Tripoli, Jean-François Kahn se fendait encore d’une tribune (toujours dans le Nouvel Observateur), où il évoquait
l’« évident fiasco de l’intervention en Libye ».
Geoffroy
Lejeune